Écrire un livre avec l’IA, est-ce tricher ?

Je préfère un bon livre écrit avec l’aide de l’intelligence artificielle à un mauvais livre écrit sans elle. Cette phrase peut déranger. Et pourtant, je la pense sincèrement. L’IA fait-elle de nous des tricheurs, ou est-elle simplement un nouvel outil ? Pourquoi j’en parle aujourd’hui ? J’étais en vacances quand la polémique autour de l’écrivain…

Je préfère un bon livre écrit avec l'IA à un mauvais livre écrit sans elle

Je préfère un bon livre écrit avec l’aide de l’intelligence artificielle à un mauvais livre écrit sans elle.

Cette phrase peut déranger. Et pourtant, je la pense sincèrement.

L’IA fait-elle de nous des tricheurs, ou est-elle simplement un nouvel outil ?

Pourquoi j’en parle aujourd’hui ?

J’étais en vacances quand la polémique autour de l’écrivain canadien d’origine haïtienne Thélyson Orélien a éclaté. Des accusations d’utilisation de l’IA et de plagiat ont été relayées dans la presse.

Sur le plagiat, ma position est claire : si des faits sont établis, je les condamne. En tant que lectrice, j’aime les textes originaux, ceux qui portent une voix, une vision et un travail personnel. Qu’un auteur utilise ou non l’IA ne change rien à cette exigence : une œuvre ne doit pas s’approprier le travail d’autrui.

Sur l’usage de l’IA dans ce livre précis, je ne dirai rien. Je n’ai pas lu l’ouvrage et je n’ai pas les éléments pour trancher. Chacun se fera son avis.

Ce qui m’a interrogée, ce sont certaines réactions. Très vite, le débat a dépassé la question littéraire, et j’ai vu apparaître des commentaires d’une grande violence, parfois ouvertement racistes.

Cela m’a rappelé une réalité que beaucoup de personnes noires connaissent : quand l’une d’elles réussit dans un domaine longtemps dominé par des personnes blanches, certains cherchent aussitôt la fraude ou l’imposture, comme si l’excellence ne pouvait pas être naturelle.

J’ai exprimé mon malaise dans un commentaire sous un post du média  « Libération ». Un chroniqueur du média « le Figaro » m’a qualifiée de « pleureuse ». J’ai choisi de lui répondre par l’humour😊😂 .

De quoi parle-t-on exactement ?

Quand on dit « utiliser l’IA », on mélange des usages très différents : corriger des fautes d’orthographe ; clarifier une idée ou simplifier un sujet complexe ; chercher des informations générales ; organiser un plan ; générer un texte entier à la place de l’auteur.

Ces usages n’ont pas du tout le même poids. Le dernier pose une vraie question d’auteur. Les autres ressemblent beaucoup à ce que font des relecteurs, des correcteurs ou des assistants depuis toujours.

Comment cela fonctionne ?

Pour moi, l’IA est comme une voiture. Elle peut vous faire aller plus vite, mais ce n’est pas elle qui choisit la destination : c’est vous qui tenez le volant.

Je l’utilise pour gagner du temps et mieux organiser mon travail. Mais les idées, l’expérience, l’analyse, les convictions et l’intention restent les miennes.

L’IA ne connaît pas mon parcours, les dossiers que j’ai étudiés, les erreurs que j’ai vues, ni les réalités humaines qui se cachent parfois derrière les flux financiers.

Elle a aussi des limites : elle peut se tromper, répéter des préjugés ou inventer des informations avec aplomb. Il faut donc toujours vérifier, relire et garder son esprit critique. C’est pourquoi, il vaut mieux expert dans son domaine lorsqu’on utilise l’intelligence artificielle.

Un exemple concret : mon métier

Je travaille dans la lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et les sanctions internationales. Mon travail consiste à m’assurer que ces risques sont maîtrisés, en m’appuyant sur les procédures et sur la réglementation française et européenne.

Derrière mes contrôles , je me pose souvent les mêmes questions : cet argent est-il légal ? Que va faire le client de l’argent que ma banque lui prête ? Qui est-il vraiment ? Qui sont les bénéficiaires effectifs derrière cette entreprise, ce trust ?

Dans ce domaine, l’IA n’est pas un sujet du futur, elle est déjà là, des deux côtés.

Côté défense : les banques et les institutions financières s’en servent pour détecter des opérations inhabituelles, analyser de grands volumes de données ou repérer plus vite des comportements à risque. Les régulateurs s’y intéressent aussi.

Côté criminels : ils s’en servent pour produire de faux documents, créer de fausses identités, automatiser des arnaques, rendre des messages frauduleux plus crédibles ou manipuler des images et des voix.

Un cas souvent cité est celui d’un employé d’une multinationale à Hong Kong, trompé en 2024 par une visioconférence où les « collègues » étaient des deepfakes, et qui a transféré des millions.

Il serait absurde que celles et ceux qui combattent la criminalité financière se privent d’un outil que les criminels utilisent déjà.

Même avec ces outils, la décision reste humaine. On ne peut pas accuser une personne, bloquer une opération ou signaler un risque parce qu’un algorithme a émis une alerte. Une alerte doit être analysée par un être humain, replacée dans son contexte et, si nécessaire, documentée.

Ce que dit la réglementation et les autorités

Le cadre se construit progressivement. En Europe, le règlement sur l’intelligence artificielle (AI Act) prévoit notamment des obligations de transparence pour certains contenus générés par l’IA, comme les deepfakes.

Dans la lutte contre le blanchiment, les superviseurs et les instances internationales comme le GAFI encouragent l’innovation technologique, à condition que les institutions gardent la maîtrise de leurs outils et la responsabilité de leurs décisions. Le calendrier d’application de certaines règles évolue, il faut donc vérifier les dates en vigueur avant de citer un article précis.

Pourquoi cela concerne aussi le grand public

Vous n’avez pas besoin de travailler dans une banque pour être concerné. Faux appels d’un « proche » avec une voix clonée, faux conseillers bancaires, fausses annonces, faux profils d’investissement : ces arnaques deviennent plus crédibles grâce à l’IA, et c’est le grand public qui est visé.

Comprendre comment fonctionne l’IA, c’est donc aussi apprendre à se protéger. Et c’est en l’utilisant avec discernement qu’on apprend à repérer ses limites et ses détournements.

La question de la transparence

Faut-il toujours dire quand on a utilisé l’IA ? Ma position est nuancée. La transparence est importante quand l’absence d’information cause un préjudice : une photo de mannequin retouchée, un article illustré par une image truquée, un contenu qui trompe le public. Dans ces cas, je suis pour.

Pour corriger une phrase, trouver un plan ou améliorer la clarté d’un texte, je ne vois pas pourquoi on l’exigerait. Combien d’écrivains ont fait relire et corriger leur œuvre sans le dire ? Cela ne choque personne. Chacun fait donc comme il l’entend, tant que personne n’est trompé ni lésé.

Ce qu’il faut retenir

  • L’IA est un outil : elle ne remplace ni le jugement, ni la conscience, ni la responsabilité.
  • Il faut toujours vérifier, relire et garder son esprit critique.
  • Dans la lutte contre la criminalité financière, les criminels l’utilisent déjà. Ne pas la comprendre, c’est prendre du retard.
  • La transparence compte surtout quand l’absence d’information cause un préjudice.
  • Juger une réussite suspecte d’avance, parce qu’elle vient de quelqu’un qu’on ne s’attendait pas à y voir, n’est pas de l’esprit critique, c’est un préjugé.

Pour finir

Avoir peur de l’IA est humain. Je fais partie d’une génération qui a vu arriver Internet, et la même peur existait alors. Aujourd’hui, Internet est un outil du quotidien.

La vraie question n’est pas « faut-il avoir peur de l’IA ? », mais : voulez-vous la subir, ou apprendre à tenir le volant ?

A bientôt

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